Méfiez vous des hippopotames si vous voulez la paix …

L’article d’aujourd’hui tente de répondre à une question cruciale dans le domaine du jeu de société pré-moderne : pourquoi le jeu Hippos Gloutons est il un meilleur jeu (de stratégie) que le monopoly ?

Historique :

Afin de replacer le lecteur dans le contexte, je commencerai par présenter les deux jeux.

Le Monopoly est un jeu de plateau inventé en 1904 par Elizabeth Magie dans le but de démontrer la « nature antisociale du monopole ». C’est donc à la base un jeu politique et économique, qui sera repris en 1931 par Charles Darrow.

Hippo Gloutons est quand à lui un jeu d’adresse apparut en 1976 et édité par la société Mako. L’objectif des joueurs est de faire manger à leur hippopotame le plus de billes possible. Précision importante, les billes sont au nombre de 20.

La littérature stratégique :

Passons maintenant au vif du sujet et intéressons nous à la littérature existant sur les stratégies à adopter pour terminer victorieux à l’un de ces jeux. C’est alors à ce moment  que vous pouvez commencer à devenir perplexe face au problème posé.

En effet, si pour le Monopoly, il existe une pléthore d’articles et d’ouvrages publiés traitant des stratégies optimales, vous ne trouverez aucune lecture stratégique concernant Hippos Gloutons.  Et si l’écart d’âge entre les deux œuvres eût pu expliquer une quantité plus importante en faveur du premier, elle n’explique certainement pas pourquoi il n’existe tout simplement pas le moindre document dont l’objet central serait : « quelle stratégie optimale pour gagner une partie de Hippos Gloutons ? ».

Stratégies de victoire au Monopoly :

Abordons cependant plus en détail la littérature existante à propos du Monopoly. La composante commune à tous ces articles est la prépondérance des statistiques dans les explications fournies. En effet, le jeu étant basé en premier lieu sur des jets de dés, la modélisation des déplacements des pions ne peut se modéliser que par des hypothèses probabilistiques.

Ainsi, aussi long et pénibles que puisse être la lecture de ces articles, ils présenteront tous le schéma qui va suivre. Je conseille d’ailleurs vivement aux allergiques aux mathématiques de surtout bien prendre soin de lire ce schéma, car il leur permettra d’aborder dans un langage enfantin comment fonctionnent les statistiques.

La première étape consiste à modéliser statistiquement le fait qu’un joueur lance deux dés. On obtient alors la répartition des valeurs suivantes, permettant donc d’obtenir le nombre de chance d’aboutir à une case donnée après 1 tour de jeu.

Ensuite, en réitérant l’opération, on modélise la probabilité de se trouver sur une case après N tours de jeu, ceci dans l’optique de déterminer quel groupement de terrain il conviendra d’obtenir pour maximiser ses chances de gagner.

Puis viendront successivement se greffer à ceci l’intégration de point de règles omis dans ce modèle simpliste. Ainsi, on intègrera le fait qu’en faisant 3 doubles successifs, on terminera sur la case prison. De même, une fois en prison, il faudra modéliser les probabilités de sortir de prison en effectuant un double.

En dernier lieu viendra l’intégration des cartes chances et caisses de communauté. On ajoutera alors un certain pourcentage de chance de se voir envoyé en prison, sur une gare ou sur la rue de la paix.

Finalement, on obtient un modèle statistique qui vous donnera les probabilités de tomber sur chacune des cases. En additionnant pas groupe de couleur, vous pourrez classez les plus intéressants.

Reste encore quelques détails à prendre en considération pour être rigoureux. Je vous passerai cependant l’exploitation des réseaux bayésiens permettant de gérer la notion de risque, en particulier le fait que chaque groupement ne rapporte pas les mêmes sommes et qu’il n’est donc pas équivalent, une fois un terrain acquis, de tomber sur Belleville ou les Champs Élysée.

Malheureusement, si ce modèle est tout à fait correct, et si l’on a bien pris soin d’intégrer toutes les composantes de règles, il n’en reste que vous n’avez finalement aucune décision à prendre. Il n’y a pas de stratégie, car seul le hasard détermine pour vous l’issue de chaque partie. Ajoutez à cela la pénibilité des parties qui s’éternisent … et vous n’avez plus là un jeu, mais un acte de torture consenti …

Stratégies d’optimisation à Hippso Gloutons :

En revanche, Hippos Gloutons quant à lui propose une richesse stratégique rarement inégalée. Admettons éventuellement que le jeu de Go puisse en quelque sorte se hisser à la seconde marche de ce podium … mais ce serait oublier l’écart magistral qui me conduit à préférer le classer second selon une échelle logarithmique …

D’ailleurs, si les articles sont absents de l’espace public, c’est parce que cette richesse fait peur. Nul individu n’a souhaité se lancer face à la tâche titanesque de couvrir les différentes options possibles. Quant à l’évaluation des gains de chacune d’entre elle, n’en parlons pas.

Si ! Un individu, et un seul a oser en parler ouvertement. Si ces travaux ne sont pas encore publics, le Dr. Bernie Sormity est peut être le seul chercheur a avoir annoncé qu’il travaillait sur le sujet. Il a d’ailleurs du expliquer brièvement les difficultés rencontrées sur le protocole d’évaluation des gains en optimisation.

Je vous invite à ce titre à écouter son intervention dans l’incroyable podcast lors de sa présentation du dossier : chroniques de la recherche improbable. Il expliquait en particulier la difficulté de faire jouer plusieurs tables côte à côte à ce jeu. En effet, il semblerait que l’ambiance dégagée génère une telle énergie qu’aucune ne pouvait arriver à son terme.

Dès lors, ses recherches sont gravement entachées par des délais d’étude très longs, les parties devant être jouées les unes à la suite des autres … Les quelques milliers de parties réalisées n’ont pas encore permis de découvrir l’exhaustivité des stratégies.

Cependant, le Dr. Bernie Sormity semblerait laisser entendre qu’il existerait quelques stratégies de synchronisation qui se montreraient plus intéressantes. Les variables à prendre en compte étant assez nombreuses, en voici un extrait que nous tenterons de rendre significatif :

  • le sens et la vitesse du vent (ainsi que leurs variations sur la durée d’une partie)
  • le nombre de joueurs
  • le nombre de billes restantes
  • l’état physique de chacun des joueurs (fatigue, ébriété, états de dépendance, …)
  • l’inclinaison initiale du plateau de jeu (ainsi que sa variation sur la durée d’une partie)
  • la tolérance à la triche des joueurs

Quand appuyer sur la tirette pour manger des billes ?

Finalement, la seule question qui se pose au cours d’une partie de Hippos Gloutons est : « quand appuyer sur la tirette pour manger des billes ? ».

Le sens du vent ainsi que sa vitesse est le premier ensemble de paramètre étudié par le Dr. Sormity. A l’aide de centaines de parties jouées sur les bords de plage du Touquet, il a pu modéliser en quoi de forts vents peuvent venir perturber l’équilibre du jeu. En particulier, le joueur situé face au vent est lourdement avantagé. Il convient alors de bien choisir sa place.

Le nombre de joueur est sans doute l’élément le plus important. Effectivement, si vous jouez tout seul, vous optimisez vos chances de victoires. C’est d’ailleurs dans un petit fascicule d’une 30aine de pages que le Dr. Sormity propose la première stratégie 100% victorieuse.

Le nombre de billes restantes est quant à lui déterminant dans la mesure où comme chacun le sait : tout corps exerce sur un autre une force qui l’attire vers lui même, force aussi appelée force de gravité. Ainsi, plus le nombre de billes est important, plus l’inertie de ce bloc de bille est important. Il est donc primordial de bien démarrer une partie, car un mauvais pas dans les premières bouchées conduit inéluctablement à la défaite.

L’état physique des joueurs se pose comme une variable potentielle. Or c’est dans sa dimension différentielle qu’elle retire tout son intérêt : seul l’écart de niveau entre les joueurs est significatif. Dans un langage profane, si tout le monde est pété comme un coin, alors personne n’est avantagé. Une stratégie efficace consiste alors à faire boire immodérément ses adversaires en restant soi-même le plus sobre possible (stratégie d’ailleurs utilisée massivement par les séducteurs des boites de nuit).

L’inclinaison initiale du plateau révèle quant à elle un paramètre qui avait faillit être oublié. Et comme de nombreuses découvertes, c’est un accident qui en est la cause. Jouant avec des bonbonnes de gaz carbonique pour voir si la présence de dioxyde de carbone en forte dose pouvait conduire à des résultats optimisés, c’est la perforation d’un tube et l’explosion qui s’en suivit qui fit voir au Dr. Sormity l’évidence. Un plateau placé à la verticale avantage toujours le joueur situé en bas.

Enfin, la tolérance à la triche est un paramètre non négligeable des jeux dit d’ambiance. L’exemple classique en étant le Jungle Speed où seule la force devient un paramètre de victoire quand les joueurs sont disposés à tolérer la triche. Ainsi, si c’est le cas, commencez par retournez les phalanges de vos adversaires. Il semblerait que jouer avec ses dents soit moins optimal.

Certes, les travaux ne sont pas terminés, mais vous pouvez apercevoir ici la diversité des stratégies possibles. Espérons qu’un nouveau protocole permettra d’accélérer ces recherches afin de les voir aboutir avant que nous ne puissions plus en profiter.

Et la LIDJA dans tout ça ?

Finalement, si j’ai pris le parti de l’analyse scientifique protocolaire pour défendre mon assertion, d’autres choisirons peut être la facilité. La LIDJA (Ligue Intégriste de Défense des Jeux d’Ambiance … ou bouffeurs de cubes en bois pour les intimes) défend depuis longtemps la richesse stratégique de tous les jeux d’ambiance face au jeu traditionnel à l’allemande.

Je laisse le soin aux paresseux de rediriger vers les articles de la LIDJA défendant cette thèse. Leur travail de longue haleine sur le sujet ne saurait être égalée.

Alors, convaincu ?

Je n’ai malheureusement pas l’espace au sein de cet article de vous présenter toutes les pistes qui m’ont travaillées, de ces anecdotes improbables sur les hippopotames jusqu’aux prototypes détournés de ces jeux. Peut être en ferais-je quelques articles plus tard.

Toujours est-il que j’espère qu’à la lecture de ces informations, vous ne pourrez qu’être convaincu que la supériorité stratégique de Hippos Gloutons sur le Monopoly. Et si vous doutez des stratégies proposées, ne vous reste plus qu’une option : venir chez moi étudier le paramètre différentiel d’ébriété au cours d’une partie.

A bon entendeur …

PS: Article publié sous licence Bear Ware … utilisez, recopiez, citez … et éventuellement, payez moi une bière …

PPS : Vous trouverez ci-dessous les participations au défi interblogs n°1 que je rajouterai au fur et à mesure :

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A propos UltraLord

29 ans, jeune papa, passionné de jeux de société, curieux du jeu en général et parfois de tout plein de trucs bizarres.
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3 commentaires pour Méfiez vous des hippopotames si vous voulez la paix …

  1. Ping : Le Gobelin Rose » Hippo Gloutons vs Monopoly

  2. Ping : Hippo gloutons 2 aspects de cette perle ludique

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