Prototypage : et les auteurs dans tout ça ?

Quand on aime les jeux, on est facilement tenté de faire soi-même ses versions de jeux. Outre que l’on peut customiser ses jeux, c’est souvent aussi et surtout pour des raisons financière. Mais ce pose alors rapidement la question des auteurs dans tout ça ?

Et oui, c’est bien beau d’être passionné et de connaître plein d’auteurs. Pour autant, recopier un jeu, c’est aussi priver de rémunération un auteur dont c’est le travail. Et non, le métier d’auteur, aussi merveilleux et intéressant qu’il puisse être n’est pas un travail facile. Plaisant ? Certainement, mais surtout difficile.

Outre la concurrence rude que crée la démocratisation du jeu de société et le nombre d’amateurs qui souhaitent créer leur propre jeu (dont je ferai sans doute partie un jour … en attendant, je guette l’idée …), pour certains, c’est leur principal travail. On cite souvent à ce titre qu’il n’existe en France que très peu d’auteurs qui arrivent à en vivre.

Même Antoine Bauza (à moins que ce ne soit Bruno Cathala) travaille à temps partiel dans une boutique (certes dans le domaine du jeu, mais ce n’est pas de la création). Et donc, copier un jeu, c’est leur rendre la tâche un peu plus difficile.

Alors certains diront que c’est la même chose quand on achète un jeu d’occasion. Oui, c’est vrai. Quand on achète un jeu d’occasion, on ne rémunère pas directement un auteur. Pour autant, quand vous achetez un jeu à un passionné, il vend généralement pour acheter d’autres jeux. C’est donc une rémunération indirecte des auteurs. Donc à l’exception des brocantes où vous achetez de vieux jeux à 2€, l’argument de l’occasion ne tient pas.

Un autre argument tient au fait que certains prototypent des jeux qu’ils n’achèteraient pas. Grosso modo, je ne fais de tord à personne, parce que comme je n’aurai pas acheté le jeu même si j’en avais les moyen, je ne prive pas l’auteur de quoi que ce soit … Personnellement, je ne suis pas hyper convaincu, mais pourquoi pas …

Et les derniers vous répondraient que s’ils en avaient les moyens, justement, ils achèteraient le jeu et que c’est aussi un moyen de savoir si un jeu leur convient avant d’investir. On retrouve là les arguments donnés à propos du téléchargement de musique sur Internet. Quant effectivement vous avez un budget annuel de plusieurs centaines d’euros à l’année, on peut vous accorder que vous n’êtes pas là pour profiter des auteurs …

Pour ma part, je suis assez mitigé. Je prototype des jeux existants, et en toute sincérité, je n’ai pas l’impression de faire quelque chose de mal ou de nuire. Pour autant, je serai curieux d’avoir l’avis d’auteurs à ce sujet, car je n’ai aucune certitude à ce sujet.

Par contre, qu’ils se rassurent car une chose est sûre. Faire un prototype véritablement beau est un exercice difficile, très difficile. Si on peut trouver des merveilles sur Internet, les résultats des premiers prototypes sont souvent décevants. Or à l’exception des plus passionnés, les joueurs aiment disposer d’un matériel agréable, et sa qualité participe à celle du jeu.

C’est d’ailleurs peut être aussi pour cette raison que je ne me sens pas coupable. Je n’ai que rarement joué avec mes prototypes, et pour tous, la qualité n’étant pas au rendez-vous, c’est sans hésitation que je sauterais sur la boite de jeu originale …

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A propos UltraLord

29 ans, jeune papa, passionné de jeux de société, curieux du jeu en général et parfois de tout plein de trucs bizarres.
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3 commentaires pour Prototypage : et les auteurs dans tout ça ?

  1. Akashinai dit :

    C’est bien Bruno Cathala qui travaille (le mercredi il me semble) à Ludocortex 🙂
    Bel article! (et désolé pour le comm’ doublon -sur l’autre article « prototypage »)

  2. freveur dit :

    Pourquoi ne pas dire copie plutôt que prototype ? Je fais des proto de mes créations. Je ne fais pas de copie de jeux édités car je préfère la qualité du jeu original.
    La copie peut se justifier pour un jeu qui n’est plus dispo.

    • UltraLord dit :

      Oui, on m’a déjà fait cette remarque. Disons qu’avant de prototyper son propre jeu, outre l’idée, il faut des techniques, qui sont les mêmes que pour copier.

      Et puis entre la copie et le prototype, il y a aussi la customisation. A titre d’exemple, ce magnifique homebrew du jeu de société hive : http://boardgamegeek.com/thread/656606/homebrew-hive

      Dans mes articles, comme j’ai voulu faire chronologique, effectivement, pour l’instant, on est plus proche de la copie que de la création. En même temps, pour Can’t Stop, même si le résultat est lamentable, ça reste un custom et pas une copie …

      Finalement, mon ressenti est que c’est un petit monde très proche. Entre l’auteur de jeu amateur qui modifie un jeu pour voir un nouveau mécanisme ou une graphiste qui changera le thème d’un jeu pour le rendre plus à son goût, le vulgaire copieur et le véritable auteur …

      Mais comme je l’ai dit, je pense sincèrement ne pas faire de tord. J’ai souvent des originaux de mes copies … Et c’est surtout un moyen de découvrir la customisation (puis peut être un jour la création). Avant de peindre un chef d’œuvre, on apprend à copier … pour un jour s’en détacher.

      J’avoue que la route est encore longue pour moi … Mais du coup, bonne nouvelle, ça vous promet une longue série d’articles …

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