Slava Ukraïni – La crise ukrainienne dans la tête d’un petit français

La crise ukrainienne … Tout le monde me demande pourquoi cette crise me touche, ou plus exactement, tout le monde se le demande, sans trop oser me le demander. Et finalement, moi aussi je me suis posé cette question à mainte reprise, car objectivement, je ne connais pas l’Ukraine, n’y ai jamais mis les pieds et ne crois pas connaitre quelqu’un qui en soit originaire … Alors retraçons mon histoire pour comprendre tout ça …

Tout a commencé pour moi un mardi soir, le 18 février, en découvrant ceci en rentrant de soirée :

kiev 18 février

Il s’agit de la désormais tristement célèbre place EuroMaiden, Kiev, Ukraine. Ne suivant quasiment pas les informations, je découvrais la scène avec un mélange d’étonnement et de peur. Quoi ? Qu’est ce que c’est ? Dans une capitale européenne ? Et c’est sans aucun doute le besoin de comprendre qui me poussait à brancher la télé sur CNN et la BBC …

Je découvrais alors avec effroi les faits. Des canons à eau lancé dans les barricades des manifestants. Enormément d’images sur twitter. De nombreuses vidéos aussi. Mais aucun élément d’analyse, ou trop peu, ou trop à chaud. Difficile de plonger en l’espace d’une soirée dans la géopolitique d’un pays que l’on n’a jamais suivi auparavant.

Et puis on découvre les live-cams. Je crois que c’était le lendemain. Et dès lors, pendant trois jours, plus de 10 heures par jour, j’ai suivi d’un coin de l’œil 1, 2, 3 … 10 live-cams sur la place EuroMaiden. Je ne parle toujours pas l’ukrainien, mais je l’ai entendu en discours, en hurlement, en pleurs, en chants religieux, en convois mortuaires …

Les live-cams, ces outils à la fois formidables et terrifiants. A l’ère du 2.0, l’information brute, sans analyse, sans interprétation, les images brutes sont à la fois nécessaire et terriblement violentes. Et c’est ce qui m’a le plus touché je crois. Mais n’allons pas trop vite dans l’analyse.

Car en même temps que voir ce qui se passe, ou plus exactement se qui ne se passe pas … Oui, sur ces nombreuses heures, des images presque en boucle, des barricades qui ne bougent pas … Ou alors pendant des évènements violents mais assez ponctuels … Toujours est-il qu’à côté, il faut comprendre. On ne peut pas assister sans chercher à comprendre … ou alors on choisit de ne pas comprendre, on coupe tout et on retourne à sa vie tranquille.

Toujours est-il que j’avais choisi de comprendre (ou besoin peut-être). Les médias traditionnels ? Un article par jour, très peu d’information récente. Face à une vidéo live, avoir l’analyse de la veille reste assez frustrant. Restent alors les réseaux sociaux. Mais 140 caractères par message, difficile d’extraire un contexte.

L’information doit être croisée, contextualisée, interprétée … Mais qui dit quoi ? Et à force de surveiller, on commence à repérer les personnes véritablement acteurs de la communication. Reste alors à comprendre leur positionnement par rapport aux manifestants.

Rapidement, je suivrais @Euromaidan PR et @EuroMaïdan FR. Mais les tweets sont extrêmement politiques. Le soutien aux manifestants est explicite et voulu. C’est presque le compte officiel des manifestants de la place Euro Maidan.

Des journalistes, Ariane Hasler de la rubrique internationnale pour RTS Info et James Miller pour Interpreter Mag. Ceux ci me permettent une vision moins pro-manifestants, même si étant occidentaux, ils supportent les manifestants et pensent qu’ils sont dans le bon camp.

Je repèrerai aussi de nombreux comptes de propagande pro-Ianoukovitch, souvent avec colère … mais les terroristes des uns sont les résistants des autres … Et si sur ces 3 premiers jours, la violence est terrible, le conflit n’est pas seulement armé, il est aussi dans l’information … Mais cette contre-information est aussi nécessaire à comprendre le contexte.

Toujours est-il qu’entre les jets de pavés, les reconstructions de barricades, je commence à comprendre petit à petit ce qui a conduit à cette situation. Mais j’éviterai les analyses de comptoir et vous laisserai voir avec de vrais journalistes. Si vous souhaitez comprendre la crise, James Miller tient un live-blog quotidien sur la crise depuis plus de 30 jours.

Les live-cams, revenons y … Elles rythment pendant 3 jours ma vie. Quelle position ont les manifestants avant de partir manger ? Avant d’aller dormir ? Est-ce que les berkut vont charger ? ont chargé ? L’attente. En définitive, c’est là le terrible poids des images en direct. Attendre, la boule au ventre, voyant la tension monter, la charge approcher, puis non, puis des rumeurs, puis rien …

Les premières images violentes en direct arrivent. Ce sera le jeudi pour moi. Voir des berkuts lancer des cocktails Molotov sur des civils, c’est terrible. Des civils. Pas des gens armés qui tirent sur eux … Non, des civils, qui chantent l’hymne ukrainien. Et je ne parle pas des photos faites par les journalistes là bas, je parle d’une vidéo en live. Voir un homme en uniforme courir, tendre le bras et voir le filet de flamme, comme une queue de comète, puis la bouteille tomber, exploser et les flammes avec. Sur des civils … Alors toi aussi, tu témoignes que tu as vu, que c’est vrai … que c’est horrible …

cocktail

Et puis un vendredi matin, en arrivant au travail, tu lances les live-cams sur ton deuxième écran comme chaque matin depuis 3 jours. Mais les manifestants ne sont pas là où ils devraient être. Mais aucune agitation, tout semble terminé … Mais les live-cams permettent aussi de revenir en arrière pour certaines, et là, tu vois …

Tu vois et tu comptes. Les live-cams montrent mal ou de loin. S’ajoutent alors les vidéos faites sur place, et là, tu vois. Les snipers, les morts. Les berkuts, des hommes à terre. Le replis des berkuts, les premières annonces de mort. Entre les photos sur twitter, les vidéos sur youtube, l’horreur. Et les décomptes.

Olesya Zhukovskaya. Les morts n’ont pas seulement un visage, ils ont un nom. Avec eux, vous vivez les morts. Olesya Zhukovskaya, cette infirmière vue la veille accompagnant les civils, aujourd’hui une balle dans le cou. Annoncée morte. Symbole du courage des manifestants. Puis déclarée en vie … La joie de la savoir elle en vie … La colère de tous les autres morts. Pourquoi ?

Impossible de parler d’elle sans pleurer. Mais il va bien falloir finir cet article … Dans l’après-midi tombera la première liste des morts, les noms, les photos. L’article le plus horrible que j’ai lu de ma vie … Ils n’étaient pas tous innocents. Ils ont eux aussi jeté des cocktails Molotov, mais ils ont défendu leur liberté et ils sont morts. Ils étaient plus de 100 … et hier encore un homme est mort des suites de ses blessures sur la place EuroMaidan.

Mais à ce terrible prix, les manifestants ont repris leurs droits, leur liberté. Tout du moins, c’est ce que tout le monde a cru … Jusqu’à ce que la russie s’en mêle. Enfin je veux dire, s’en mêle plus que de juste envoyer des snipers … La joie fût de courte durée, car s’ensuivit l’annexion de la crimée.

Si vous cherchez des informations en direct, vous pouvez suivre l’Agence Française de Presse mais qui vous innondera de plein d’autres sujets. Je vous conseillerai aussi Carl Bildt, ministre des affaires étrangères suédois, particulièrement actif sur twitter et très concerné par le sujet.

Mais la crise criméen pour sa par ne fait pas de morts. C’est une guerre de la terreur. Une annexion possible par l’inaction ou l’action trop tardive des européens. Une action lente et terrible, comme les lentes inondations qui dévastent les maisons. La puissance tranquille d’un être dérangé voulant reconstruire l’union soviétique.

Mais cette seconde partie de l’histoire reste encore à écrire. Et si l’Ukraine me touche, ce n’est pas pour cette partie. C’est pour celle de tout ces morts, que j’ai vu mourir, que j’ai vu défiler dans des cercueils sur la place EuroMaidan sous les chants des ukrainiens, qui ne seront pas oubliés.

Slava Ukraïni.

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A propos UltraLord

29 ans, jeune papa, passionné de jeux de société, curieux du jeu en général et parfois de tout plein de trucs bizarres.
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