Rupture, séparation, garde alternée et skizophrénie

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Par quoi donc commencer ? J’ai 32 ans, suis papa d’une petite fille de 5 ans 1/2 et depuis le 12 juin de cette année, j’ai le statut officiel de père célibataire. J’ai donc ma fille en garde alternée, du vendredi au vendredi, une semaine sur deux, tout au long de l’année (au détail près des vacances d’été pour lequel nous avons nos arrangements). C’est donc, cette semaine, la seconde fois où je ne l’ai pas.

Mais nous avions déjà commencé à nous répartir nos semaines. Avant que mon ex-femme ne déménage, nous avions déjà nos semaines de garde et nos semaines de libre. Il faut dire que vivre sous le même toit quand on a décidé de séparer ses vies … Du coup, la tendance aux sorties s’accentuent … Si j’étais là 2 soirs dans la semaine sur mes semaines de libre, c’était déjà beaucoup …

Mais tous les matins, quelque soit la semaine, j’emmenais encore ma fille à l’école. C’était plus simple pour tout le monde, ça ne me coutait que 10 minutes de trajet et lui évitait le centre à 7h30 et le réveil qui va avec. Et puis j’avais mon lien quotidien, quelque soit la semaine …

Et puis ce qu’on a attendu 6 mois arrive enfin, la séparation physique et brutale. Enfin on l’attend sans l’attendre, mais une fois décidé, que ce soit enfin terminé … qu’on puisse passer à la suite, reconstruire sa vie, se reconstruire, prendre de nouvelles habitudes. Décider de qui on souhaite devenir et se prendre par la main.

Ainsi donc, vendredi 12 juin, je rentrais chez moi dans une maison vide, de meubles, d’affaires, d’ex-femme, d’ex-beau-fils et de ma fille. Pour la première fois depuis … tant d’année, j’étais seul avec moi-même.

Il faut dire que le célibat est quelque chose que j’ai peu pratiqué. 3 copines, pendant 3, 5 puis 7 ans … Comme je disais à ma thérapeuthe … pas de bol pour la prochaine, elle en prends pour 9 ans … Bref … depuis l’âge de 15 ans, 6 mois de célibat … depuis l’âge de 18 ans, je n’ai jamais vécu seul …

Et donc faire face à ce vide, ce vide sale des 6 mois d’absence de ménage, de fuite de ce futur vide encore trop plein de tension et de choses que l’on sait vont disparaître du jour au lendemain. Bref, vivre au quotidien un quotidien transitoire qui va mourrir. Attendre la mort de cette partie de sa vie. Mais la voir s’étirer, continuer, si longtemps …

La séparation passe par les mêmes étapes que le deuil :

  • le choc
  • la colère
  • le marchandage
  • la dépression
  • l’acceptation

Le choc, c’est se dire qu’elle avait eu tant de raison de me quitter avant. Pourquoi là, maintenant. Et puis à force de le dire, de vivre dans ce chantage que l’on ressent comme permanent. Et de réaliser que cette fois, c’est la bonne …

La colère survient juste après. Ces 2 ans de théraphie qu’on balance à la gueule. C’était donc pour rien ? Tu m’as fait chier pour que ça termine comme ça ?

Mais à y regarder plus près, pas de marchandage cette fois. En fait, le marchandage était bien plus lointain. Car le deuil lui même l’était … Oui, le marchandage c’est justement cette thérapie, ce prolongement d’une relation déjà morte. Mais tu ne le sais jamais à ce moment. Pas que la thérapie arrive toujours trop tard … mais simplement, pour nous, si.

La dépression, certains amis l’ont vu. Oh non, pas une dépression sous médicament. Juste une incapacité chronique a effectuer le moindre projet. L’absence profonde d’énergie positive pour se lancer dans le moindre projet. C’est les 1 an de thérapie seul (après avoir fait 1 an en couple).

L’acceptation, c’est le jour où j’ai arrêté ma thérapie. Je savais que je ne faisais plus cette thérapie pour moi. C’était devenu le prétexte qui nous autorisais à continuer. C’est bien, tu fais ta thérapie, donc tu fais des efforts, donc je te garde encore un peu.

La vérité, c’est que je ne faisais pas des efforts à cause de cette thérapie. J’en faisais parce que j’y croyais encore. Mais je ne voulais plus de ce prétexte falacieux. Alors j’ai arrêté, et ma thérapeuthe a très bien compris. A quoi bon faire une thérapie de couple seul ?

Je savais aussi en repartant que si j’avais fait le bon choix, les répercussions seraient celle que vous connaissez. Ca aura mis plus de temps que je n’aurai pu le penser. Mais je ne pouvais plus justifier de mes efforts, tout ayant été cristalisé sur cette … thérapie.

C’est pourquoi, la dernière engueulade du 9 novembre aura été la dernière. Se faire broyer au moment même où l’on fait des efforts pour s’expliquer … Mais sans amertume aucune, j’avais déjà accepté la fin avant même qu’elle n’arrive. Ca n’ôte pas les larmes et la peine. Ca n’ôte que l’envie de continuer. C’est terminé. OK.

On dit souvent à quelqu’un qui nous quitte un millier de fois qu’un jour, on partira, sans aucun avertissement, qu’il n’y aura qu’un seul « c’est terminé ». Bon, c’est archi faux … le mimétisme dans le couple est terrifiant … mais sans avertissement, ce fût la dernière fois que j’ai eu envie de l’entendre.

Et donc se reconstruire, après 6 mois à supporter cette mort qu’on a déjà supporté trop longtemps, parce que les détails pratiques de la vie rendent la séparation compliquée. Nettoyer tout, jeter tout. Faire le vide, se raser la tête (ah non, ça, c’était le 10 novembre …). Marquer le changement. Profiter de ce choc pour … s’agiter.

Dormir. On n’imagine pas ce que peuvent produire 6 mois de stress. La dépression aussi peut-être. Toujours est-il que mes nuits de 12h n’étaient pas suffisantes. C’est le stress qui s’en va … Reprendre possession de sa vie, de son corps, de sa tête …

Et découvrir, la garde alternée. Là dedans, dans tout ces changements, garder une place pour sa fille, la préserver de tout ça, mais aussi la faire participer. Elle a gardé pour l’instant sa chambre. Pas un meuble n’a bougé. Mais elle a eu le droit de choisir si elle voulait la plus grande chambre. Elle aura donc désormais une bien belle et grande chambre, mais on fera ça tranquillement après les vacances.

Apprendre à gérer son temps pour faire des choses … Oui, parce qu’un des plus gros problèmes, c’est l’écart, le grand écart même entre une semaine de sortie et une semaine sans sortie. Du coup, c’est apprendre à faire des choses en ayant sa fille, pour garder une partie de ses habitudes, et la faire participer. Et puis apprendre à faire des choses pour elle, car désormais, il n’y a plus sa maman ou son frère sous le même toit même quand c’est ma semaine. Bref, apprendre à vivre à 2.

Et puis il y a les semaines sans elle. Liberté ultime de tout changer pour tout reconstruire. Coupe de cheveux, piercing. Putain, les tatouages, en vrai, ça peut être tellement monstrueusement beau. Est-ce que j’en trouverai un qui m’aille, qui me fasse envie ? Virer toutes ses fringues. Vider intégralement la maison. Et puis passer du temps avec les gens qui comptent.

Bref, dans cette quête de soi-même, égoïste, autocentrée comme le pire des crevards, comme un noyé qui respire à nouveau et ne pense qu’à ça, dans un élan de survie … dans cette quête de soi-même, tu en oublies tout le reste, tout ce qui n’est pas sous tes yeux … ta propre fille …

Sursaut quand le vendredi tu percutes que tu vas la chercher à l’école. Sursaut quand on t’appelle mais que tu n’es pas là, et que tu écoutes ton message « bonjour papa, t’es pas là mais je m’amuse bien chez mamie ». Rappel à l’ordre, à ta vie, enfin celle d’une semaine sur deux.

Et dans sa tête à elle ? Peut-on décemment oublier sa propre fille tout en restant un bon père ? Peut-on à l’inverse être un bon père si on est incapable de se reconstruire pour soi avant tout ? Etre soi, indépendamment de tout le reste (les amis, la famille, la pression sociale, le jugement des gens) n’est t-il pas un pré-requis à vivre bien avec soi même ? au bonheur ? Est-ce que cette quête de soi n’est qu’un sursaut de pré-adolescence ?

Et elle dans tout ça ? Oublie-t-elle son propre papa une semaine sur deux ? Quelle culpabilité dans une tête d’enfant d’abondonner alternativement chacun de ses parents ? Quelle culpabilité aurait-elle de n’en voir un seul que pendant les vacances ?

Rassurez vous tout de même, samedi soir, je la retrouverai, et comme si de rien n’était, elle me sautera au cou, ni plus ni moins que le soir après une journée d’école … Et pendant une semaine, je serai à nouveau un papa … comme si de rien n’était … jusqu’à … Skizophrénie …

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A propos UltraLord

29 ans, jeune papa, passionné de jeux de société, curieux du jeu en général et parfois de tout plein de trucs bizarres.
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3 commentaires pour Rupture, séparation, garde alternée et skizophrénie

  1. Playne dit :

    Probablement un des meilleurs articles que j’aie lu depuis un moment. Juste, bien dosé, bien vu.
    Bonne mue ! (Parce qu’au fond il y a assez peu de doutes sur le fait que tu vas t’en tirer et que tu vas rester un bon pere)

  2. Nicolas D dit :

    Nouvelle étape dans une vie. C’est que du positif…Et puis ce qui ne te détruit pas te rend plus fort…

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