Je pleure, tu pleures, il pleure … nous pleurons tous

Avant même d’écrire cet article, avant même d’avoir décidé si oui ou non je le ferai, je savais qu’il me serait impossible de l’écrire sans pleurer. Incapable même de l’écrire sans devoir m’arrêter … le cœur trop lourd, de l’insu-portabilité des faits.

Mais pourquoi écrire ? A quoi bon ? De plus belles plumes que moi écrirons la douleur que nous partageons tous, à leur façon. De meilleurs analystes vous expliquerons mieux que moi le danger des amalgames, la différence entre islamisme et islamique. Qu’ai-je à dire donc qui mériterait intérêt ?

Pourtant, j’ai envie d’écrire. Ou plutôt, j’en ai égoïstement besoin, comme pour l’Ukraine, début 2014, la première fois que je le faisais. Pour Charlie Hebdo, je ne le pouvais pas. Trop petit devant tant d’émotion.  Et cette fois encore, je pourrais me cacher derrière l’insignifiance de ma petite personne pour ne pas écrire, ou plus exactement pour ne pas oser le faire.

Mais pas cette fois. Non, cette fois, je ne tairai ni ma colère, ni ma joie, ni ma crainte, ni l’espoir … Ma colère et ma peine, c’est l’injustice que nous vivons tous. J’ai la chance de ne connaître aucune victime. Du moins, pas directement. Le directeur de l’lIUT à 100 mètres de mon travail. Un inconnu pour moi … pas pour les centaines d’étudiants que je croise le matin en vélo en passant devant … L’éclairagiste d’un groupe de musique que j’aime bien. Les amis de collègues d’un ami. Oui, la chance m’a épargné moi et les miens.

Pour autant, quand à 23h un ami m’a dit : « ola, c’est le bordel à Paris … » quand je lui ai demandé quoi et qu’il m’a répondu : « 30 morts déjà … » j’ai compris … J’ai pris mon téléphone, twitter … boulevard Charonne … Vite, Fabien et Robin, ils habitent là, à 100m ? Ou ils habitent carrément dans cette rue ? Oui, j’ai été épargné des victimes … mais pas de la peur d’en connaître.

Mes parents ont d’ailleurs eu du mal à interpréter mon SMS à 2h du matin. « Je suis en sécurité. Tous mes amis se sont signalés en vie. » Alors forcément, j’aurai pu avoir plus de tact dans mon message … Rassurée de me savoir en sécurité, ma mère a cru que j’étais sur Paris vendredi soir et que j’avais pu être témoin de près ou de loin …

Mais cette peur était différente de l’épisode Charlie Hebdo. Charlie Hebdo, c’était des journalistes dont on comprenait pourquoi. Injustice absolue certes, mais on comprenait pourquoi eux … Mais là ? 7 lieux, des civils seulement. Aucune différence entre eux et moi. Et si j’avais été là-bas ? Si mes amis y avaient été ?

Et rapidement « untel a été signalé en sécurité », « untelle a été signalée en sécurité ». X nouvelles personnes ont été signalées en sécurité. L’égoïste réconfort de ne pas connaître de victimes … la peine de voir le compteur défiler à l’écran de la BBC ou de CNN …

L’impossibilité d’aller dormir, c’est la volonté de se réveiller d’un cauchemar, sachant que l’on ne dort pas. C’est savoir que la vie va pourtant continuer, mais comment ?

Pourtant, quel bonheur de sortir le samedi matin, de voir que tout est normal, que la vie continue, que les magasins sont ouverts. Quel importance aussi de croiser cette vendeuse, incapable de nous renseigner parce qu’elle n’a pas la tête à ça. La rassurer en lui disant qu’on a eu nous aussi nos crises de larmes …

Mais l’horreur, après les morts, c’est la bêtise humaine. Pourquoi parlez vous d’islam ? Avez-vous lu une fois ne serait-ce qu’une sourate dans votre vie ? Parle-t-on de catholicisme dès qu’un petit blanc pète un câble aux États-Unis et fusille ses camarades de classe ? Où ? Mais où, putain de bordel, lisez-vous l’appel au massacre d’innocents ?

Connaissez-vous, comprenez-vous la putain de différence entre fanatique et pratiquant ? Entre intégriste et pratiquant ? Petit, je suis allé au catéchisme. Est-ce que ça fait de moi un putain de membre du Ku Klux Klan ? Les terroristes ne pratiquent pas l’islam. L’islam ne revendique pas l’exécution d’innocents.

L’horreur, c’est de voir cette déferlante anti-musulmans, savoir que ça va servir l’extrême droite, et pire encore, le terrorisme lui-même. Pour ça, je vous laisse un beau petit schéma et une belle analyse qui sera plus efficace que mes longues explications. Alors vas lire Klaire faire Grrr t’expliquer le piège du terrorisme

L’horreur, c’est en passant en vélo entendre : « oh, fait gaffe, c’est pas la bonne période pour la barbe ». #Drôle Oh putain, c’est drôle mec … Mais bordel, je sais que tu veux rire, mais tu te rends compte ? Ça veut dire quoi ? C’est pas la bonne période pour avoir une tête d’arabe ? Mais espèce de pauvre con qui trouve ça drôle, tu sais combien il y a de musulmans sur terre et combien il y a de terroristes parmi eux ?

Marre du délit de sale gueule … marre de voir autant de crétins s’acharner sur des gens qui n’ont rien fait et à qui on va demander de s’affirmer contre le terrorisme … Et à moi, petit blanc catholique, on ne me demande pas de m’affirmer contre le terrorisme ? Après tout, je suis sans doute bien plus en opposition avec le système actuel, moi, petit con à tendance anarchiste, que des gens venus s’intégrer pour un monde meilleur …

Alors oui, je suis en colère contre la bêtise humaine … Pour autant, je crois avoir plus d’espoir et de courage à revendre que de colère. Déjà, parce que je sais que la colère ne mène qu’à de sales choses, généralement peu constructives … Et puis j’ai une fille, et les enfants sont formidables.

Je lisais sur twitter une phrase terrible de naïveté, réponse d’un enfant à une personne endeuillée : « Tu es triste qu’il soit mort. Mais tu sais, tu aurais été encore plus triste de ne pas l’avoir connu. » Cette naïveté dont les enfants sont capables, je l’ai déjà expérimentée. Ma fille, pour me consoler quand ma grand-mère est décédée m’a dit : « si tu veux, je te donne ma mamie pour te consoler ». Elle n’avait pas encore 5 ans. Plus tard, me faisant un câlin, elle me demanda : « mais tu vas être triste longtemps ? ». Je lui avais alors répondu que je serai triste toute ma vie. Sa naïveté en avant, elle m’avait répondu : « mais je ne vais pas pouvoir te faire un câlin toute ma vie ».

Et c’est là où est tout mon espoir. Nos enfants sont notre avenir. C’est eux qui nous remplaceront tous. Alors si vous voulez changer le monde, apprenez leur l’amour, le partage et la tolérance … et la barbarie aura perdu, une fois de plus …

ma dosePS : un merci tout particulier à tous les dessinateurs, qu’ils soient professionnels ou pas, pour tous les dessins qui nous permettent d’exprimer les émotions qui nous sont trop souvent difficiles à mettre en mots.

PPS : vous excuserez ma maladresse mais je n’ai le courage, ni de me relire, ni de réécrire. A la place, je vais plutôt aller reprendre ma dose …

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A propos UltraLord

29 ans, jeune papa, passionné de jeux de société, curieux du jeu en général et parfois de tout plein de trucs bizarres.
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Un commentaire pour Je pleure, tu pleures, il pleure … nous pleurons tous

  1. chaton27 dit :

    merci pour ce texte qui résume tellement bien ce que je ressens..

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